Di seguito la testimonianza di Valérie, francese, rappresentante di un movimento di donne della Savoia. Era presente allo sgombero del 27 Giugno alla Maddalena.

La sua testimonianza calda e sofferta si riferisce a quei difficili momenti. La lasciamo in francese, perchè traducendola ci pare di toglierle quel valore di fratellanza e sensibilità transfrontaliera che invece essa ha…

Un endroit extraordinaire avec ces arbres, ces vignes, la beauté de ces villages et des personnes qui aiment leur vallée : la vallée de Suse. Voila ce que j’ai vu lorsque je suis arrivée à Chiomonte, sous un ciel étoilé. Des milliers de personnes nous ont accueillis avec une extrême gentillesse, comme si nous faisions partie de leur famille. Il y avait des feux de camp, des chansons, de quoi manger et boire. On aurait pu croire à un repas de famille ou à un barbecue entre amis. J’ai parlé avec des personnes sensibles, généreuses, respectueuses de leurs terres. Puis nous avons rencontré les porte-paroles des mouvements, des élus, des ouvriers, des commerçants, des agriculteurs, etc, etc. Puis l’aube s’est levée et la tension est arrivée. Aux environs de 4 heures du matin un silence pesant s’est installé et l’autoroute a été fermée. Un peu plus tard nous avons vu arriver depuis la Maddalena, une colonne de camions transportant des pelleteuses, des bulldozers, des tractopelles, et autres engins de chantier. Peu de temps après les militaires sont arrivés par dizaines, par centaines, par milliers, une armada de véhicules bleu foncé, glissant sur l’autoroute comme un serpent approchant sa proie. Ma première sensation d’effroi est arrivée en même temps qu’eux. Tout le monde s’est préparé : casques, foulards, lunettes et protections de fortune pour les coudes, les genoux, le ventre. Cette impression de danger vous prend le ventre et ce sentiment d’incompréhension vous gagne l’esprit. Comment un Etat, de soi-disant droit peut se permettre d’envoyer sa force militaire pour déloger des personnes, sur des terrains privés qui appartienent à la communauté de communes de la vallée de Suse et à un privé qui l’a loué aux NOTAV. Mon cerveau ne peut comprendre que plus de 40000 (quarante milles !) personnes, qui s’opposent aux travaux d’un train à grande vitesse, ne soient pas prises en compte par un gouvernement. Toute une vallée qui résiste depuis plus de 20 ans, ne peut se faire entendre, leurs voix ne sont pas assez fortes face au bruit des billets. Les élus et les avocats descendent à la « centrale » (au bas de la rampe d’accès au site archéologique de la Maddalena où est le camp des NOTAV qui refusent que ce site préhistorique soit détruit par les travaux du Lyon Turin) pour discuter  avec la police. Plus tard, un feu d’artifice donne le signal: c’est le début de l’attente, la peur qui monte dans votre corps, vous imprègne, vous tenaille. La pelleteuse entre en action et declenche le début des hostilités. Les militaires sont là, sur l’autoroute, cachés dans les tunnels, le bruit court : « ils sont au moins 1500 ». Puis arrive l’hélicoptère qui tourne inlassablement au-dessus de nos têtes, pour nous épier, nous photographier, nous compter. Ce bruit infernal se mêle aux cris des manifestants. Soudain on entend ce qui est pour moi des coups de feu mais en fait ce sont des pétards qu’ont déclenchés les défenseurs pour faire reculer les militaires et ça fonctionne : les casques bleus reculent et vont se cacher à l’abri sous les arbres. Mais la pelleteuse continue son travail et malgré les jeunes gens qui sont sur les murs antibruit les détruit, un par un, dans un bruit effroyable. Les manifestants se défendent en envoyant de la peinture, en vidant des extincteurs sur les militaires. Soudain on voit TURI, un pacifiste, qui va à la rencontre des militaires pour essayer de négocier avec les forces de l’ordre. Mais eux ne sont pas des pacifistes, ils l’attrapent, le retiennent par terre, ils sont 3, il est seul. En bas de l’autre coté, les négociations échouent et à partir de maintenant c’est la guerre ! Les forces de police sont là pour prendre possession de la Maddalena sans état d’âme et pour moi c’est le début de l’horreur. De chaque coté la garde mobile force les passages avec ses bulldozers et ne s’inquiète pas des manifestants qu’elle frappe, qu’elle neutralise à coup de gaz lacrymogènes. Nous sommes en pleine guerre. La guerre du pouvoir.

La guerre de l’argent. Les gaz lacrymogènes commencent à me gêner, je n’arrive plus à respirer, (je suis asthmatique) et là, la peur est la plus forte. Je pense à ceux qui se font frapper, ceux qui ce font empoisonner par une pluie de grenades lacrymogènes que nous voyons arriver par centaines sur le camp de la Maddalena, dans un nuage de fumée bleue

et blanche, opaque. Nous devons partir, je dirais même fuir, par la montagne.

Commence alors le parcours du combattant, le terrain est accidenté, les obstacles sont durs à franchir, l’hélicoptère qui nous survole et la police qui nous poursuit. Tous ces sentiments qui se mélangent : la peur, la panique, la colère et le souci pour ceux qui sont encore là-bas, sur place, et puis les douleurs physiques qui se rajoutent. Nous marchons depuis ce qui nous semble des heures, les serpents cachés dans les vignes, les ronces qui nous arrachent la peau, les chevilles qui se tordent. On tombe, on se relève, on avance et on entend les bruits de destructions massives. Cet hélico sur nos

têtes, ces questions : nos amis sont-ils blessés ? Sont-ils en danger ? Je pense à tous ces jeunes, mon cœur de maman saigne pour ceux qui pourraient être mes enfants, mon cœur de femme bat pour tous ceux qui pourraient être mes frères et sœurs, mes parents. Mes prières vont pour eux, leur protection et leur salut. Enfin nous arrivons au bout de notre périple, mais touchés par l’horreur de la situation. Nous ne serons plus jamais pareils, bouleversés par ces images d’apocalypse. Comment en sont-ils arrivés à cette infamie ? Alberto PERINO et tous les citoyens de la vallée, élus ou non, se battent depuis 20 ans sur trois points :

-une ligne est déjà existante sur deux voies donc pourquoi en construire une autre alors que l’existante ne sert pas à 70% de ses possibilités. Mais nous ne parlons plus du Lyon-Turin aujourd’hui, mais du Paris-Milan. Il n’y a plus de train direct entre Lyon et Turin. Mais 4 TGV direct Lyon et Milan et surtout ce sont des lignes incompatibles avec le ferroutage. -une catastrophe environnementale : présence d’amiante et d’uranium dans les alpes ou vont être creusés les tunnels. Le tunnel de 57 km va vider l’eau des montagnes qui va se retrouver dans la vallée mais plus sous forme potable. Des milliers de m3 d’eau perdus. Les premiers travaux ont déjà asséchés plusieurs sources. Sans eau, plus de vie. La vallée a déjà plusieurs infrastructures : lignes à haute tension, autoroutes, voies ferroviaires. Elle ne peut rien accepter de plus sans subir de gros dommages. Destruction de maisons, de terres agricoles, dégradations irréversibles de la nature. -l’aspect financier qui n’est pas négligeable, perte d’argent, trou financier pour la vallée. L’Etat italien à programmé ce massacre car le 30 juin si les travaux ne sont pas commencés il y aurait une perte de 675 millions d’euros de subvention de l’Europe. En arriver à détruire la vie dans la vallée et trouver que 40 000 personnes qui s’opposent aux travaux est une quantité négligeable, alors qu’elle est le prix de la vie humaine ? Alors que l’Etat italien n’a pas d’argent pour entretenir les écoles et les services de santé de la vallée de Suze, il est prét à payer 17 milliards d’€ pour ce projet pharaonique, inutile et extrêmement dangereux écologiquement. L’assaut au camp de la Maddalena par les « Romains » a coûté et détruit pour plus de 100 000 € payés par le contribuable « gaulois » de la vallée de Suze. Je tenais à féliciter les NO TAV pour leur ténacité, leur courage et leur solidarité. Ils ont toute mon estime et ma considération. Leur combat continue et ma pensée et ma présence seront avec eux en permanence. A mes yeux leurs vies valent de l’or et leur amitié m’est plus précieuse que tout. Je crois que le moment est venu d’informer les populations de Savoie et d’Europe sur les dangers encourus par les travaux au mont Cenis.

 

Valérie représentante des Femmes de Savoie

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